Elopement


Ça sert pas à grand chose d'écrire là dessus, je devrais même pas y penser, en avoir envie.

Mais c'est toujours là, et ça ne se calme pas, comme les faibles que j'avais au collègue, au lycée, sauf que normalement je devrais avoir un peu grandie.

Mais il me parle, on s'engueule, on a une sale relation qui part en vrille de plus en plus, de l'indifférence vers un certain agacement voire un dégoût de lui vers moi. Et de moi vers lui, bien sur, une passion de plus en plus puissante.

Il n'est rien pour moi, même pas un bon chef, même pas quelqu'un qui pourrait me comprendre, ou quelqu'un avec qui j'aimerais rire au boulot comme T. Il n'est rien qu'un fantasme absurde, le chef qui est tout miel avec mes autres collègues femmes et juste suffisamment froid et méprisant avec moi pour que le message des distances à garder passe clairement. 

Alors pourquoi je n'enregistre pas, pourquoi je ne m'arrête pas là, avant qu'il soit trop tard, avant que je ne me ridiculise pour de bon, définitivement. Ridicule, je l'ai déjà été à plusieurs reprises, il faudrait que je sache m'arrêter au bon moment, les plaisanteries les plus courtes étant les meilleurs.

Pourtant, je garde espoir, c'est terrible ça, c'est fou, c'est totalement absurde et pathétique. Il s'en fout, je le dégoûte, l'agace, je ne suis pas une femme, je ne suis rien, je suis négligée, idiote, inconstante, et en plus je suis un élément perturbateur dans le service. Jamais je ne l'intéresserais, jamais. On aura jamais rien d'autre à se dire que "tu peux me signer ça ?" et "donne moi le dossier machin". Même quand je suis convoquée, même quand je crie, même quand je m'énerve, même quand j'explique en long, en large et en travers, il ne comprend pas, il n'a aucune psychologie, aucun sens de la justice, du chevaleresque. Il n'a que le nez fourré dans sa compta et que des conversations banales avec des filles bien comme il faut, bien dans le moule, mignonnes, coquettes, qui ne se posent pas de questions et qui n'emmerdent pas le monde, contrairement à moi.

"Vous valez mieux que ça" me dirait R., "vous valez mieux que ces hommes froids et distants qui vous rejettent". Sauf que je ne le crois pas, que je n'en ai jamais été convaincue...Et puis je ne crois pas que ce soit une question de qui vaut mieux que l'autre. C'est plutôt une question de cœur qui s'emballe, d'envie profonde, de sentiments qui ne s'éteignent pas, malgré la réalité qui est très claire.


Commentaires

  1. La passion est parfois proche de la haine, et justement cette sorte de haine attise sans peine la passion, c'est inexplicable mais tu n'es pas la seule à qui ça a pu arriver.

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