Un jour, faudra que ça passe

Faudrait que je me mette au boulot, un peu de CVAE, la fin du chapitre mais c'est tellement barbant et puis je ne fais rien pour me motiver alors bon. 

Un jour, faudra aussi que ça passe, ces souvenirs qui reviennent comme le ressac. De pas très loin parce que c'était juste il y a quelques mois mais il faudra bien que je les dépasse, que je passe outre, que j'avance, que je puisse me dire, pour une fois, que je vaux mieux, que je ne méritais pas ça. C'est drôle parce que rien que d'écrire ça, je me sens pas bien, je tremble, j'ai froid, j'ai une boule dans la gorge, et je recommence à avoir mal aux épaules, comme ce fameux jour. Mon corps a donc parfaitement enregistré ce que mon esprit essaye de refouler. Mais il faudra que ça passe. 

J'ai même pas, au fond, envie d'en parler ici, de polluer et de salir cet espace qui est le mien, avec ces gens, avec leurs actes, avec leur méchanceté et leur vice. Et avec ce que je me suis pris dans la figure, un texto menaçant et intimidant, une prise à partie devant tout le monde pour m'humilier et me faire taire, des collègues qui ne savent rien de la situation mais qui estiment tout de même que je suis la fautive, une hiérarchie indifférente et aux abonnés absents. L'humiliation, je crois que c'est ça le plus dur, qui fait écho bien sur à toutes ces humiliations passées. Je ne suis redevenue que ça, que cette image si souvent renvoyée, une manipulatrice de l'ombre, une salope dissimulatrice. Tout ça pour avoir dit merde à son attitude, à son plaisir à humilier un autre collègue. Pour avoir critiqué ça, c'est moi qu'il fallait à son tour humilier.

Humiliée devant mes collègues. Humiliée devant l'adjoint pour lequel j'ai un faible. Et il le savait, ce qui a du rajouter à son plaisir de m'humilier devant lui. Humiliée auprès de ma hiérarchie puisqu'on m'a fait comprendre que ce n'était pas grand chose, voire que je l'avais probablement cherché et qu'un collègue qui envoie un texto menaçant le soir et agresse le lendemain ne fait rien de mal. Humiliée devant mes amies du centre, qu'il continue à essayer de mettre dans sa poche. Humiliée à chaque fois qu'il continue à faire des remarques à mon égard, ou à me balancer les documents à la figure au lieu de me les donner, et ça au vu et au su de tout le monde. Humiliée par les remarques et les gestes des uns qui m'ont enfoncés. Humiliée par l’indifférence des autres.

Il n'y a que ce gars du deuxième étage qui est venu me voir pour me dire qu'il m'avait toujours apprécié et que tout ça ne changeait rien. Il n'y a que ma petite F., ma toute petite F., ma meilleure amie depuis toutes ces années, depuis cette salle de TD d'il y a bien longtemps, qui m'a cru et qui était scandalisée. Pour tous les autres, tout ça est normal. C'était même peut-être rigolo, ça faisait un peu d'animation. Après tout, pourquoi avais-je été défendre ce pauvre type que personne n'apprécie ? 

Il faut de l’honnêteté et de la morale, c'est ce qu'il a dit l'autre jour. Si ça avait été lui mon chef, les choses ne se seraient pas passées comme ça. Il serait intervenu, il l'aurait remis à sa place, peut être même sanctionné. Mais on ne peut pas toujours avoir un bon chef. Parfois on en a des mauvais, parfois ce sont même de véritables sales types. Et les sales types ne trouvent jamais rien à redire dans le comportement des autres sales types, c'est comme ça, ils sont de la même espèce. Il y a les sales types qui agressent et puis il y a ceux qui n'ont pas d'empathie ni aucun espèce d’intérêt pour les autres et ces sales types se complètent. Quand ils fonctionnent en synergie, même involontairement, il y a toujours des dégâts collatéraux. Un zeste de lâcheté du reste de l'équipe, une poignée de sottise et d'indifférence, et les victimes tombent.

Quand je serais chef (soyons fous), je ne serais pas un chef comme ça. Jamais. Je me souviendrais de l'humiliation, je me souviendrais de cette douleur atroce dans mes épaules qui n'est partie qu'au bout d'une semaine, je me souviendrais des larmes, du froid, de la solitude.

Finalement, je ne voulais pas en parler, mais bien sur j'en ai parlé quand même. Parce que personne ne me croit au boulot et que j'ai déjà bien trop radoté auprès de F. et de R. et qu'on ne peut pas parler que de ça. Et parce qu'il faut que je le dépasse. Qu'il faut que j'ai l'esprit tranquille pour passer mon concours et devenir chef. Un bon chef, qui n'acceptera jamais que ce genre de choses se produise dans son service.

De l’honnêteté et de la morale, c'est ce qu'il a dit qu'il fallait.

Commentaires

  1. Très beau texte, poignant. Oui, il est bien difficile, si injuste, d'être humiliée et il ne devrait pas en être ainsi. Je déteste ces rapports "humains" où certaines personnes essaient d'en écraser d'autres, sont irrespectueuses. Je me demande toujours quel plaisir elles peuvent bien en retirer.
    Vous avez bien fait d'écrire, c'est une mise à distance, prise de recul et je pense que vous en avez besoin pour passer à autre chose et vous détacher de ce qui vous a tant blessée en vous ramenant à d'anciennes situations d'humiliation.
    Je vous souhaite de réussir ce concours et de devenir une bonne cheffe.
    Bonne journée.

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    1. Merci Chantal pour votre petit mot. Je suis contente d'avoir écrit ses mots ici, et que quelques personnes les ait lu...alors merci à vous pour votre bienveillance et votre sympathie...moi non plus, je ne comprend pas ce plaisir à humilier. Bien sur, on est pas obligé d'aimer tout le monde, mais de là à avoir envie de casser devant des témoins complaisants. Ca fait honte.

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