Un méga transfert en béton armé

Je voulais écrire là dessus parce que je me disais que ça me ferait du bien. Et en même temps, j'en ai honte, même sur mon propre blog. Mais ça m'occupe beaucoup donc je me dis que c'est important.

Je fais toujours un transfert affectif sur mon chef (mon chef direct, l'adjoint, et pas le chef du service pénible !). Je croyais avoir réussi à passer outre, mais j'y reviens toujours. Je pense à lui, il me plaît, je le trouve extraordinairement magnifique et délicieusement bizarre, je l'observe à la dérobée en me planquant derrière mon écran, je cherche sa compagnie pour des motifs totalement fallacieux du genre le dossier dont tout le monde se fout et je flirte au quotidien avec une attitude parfaitement non-professionnelle (à défaut de flirter avec lui), bref c'est n'importe quoi.

Je suis dans son service depuis plus de six mois maintenant, donc s'il avait du se passer quelque chose, ça se serait déjà passé depuis belle lurette. Et tout ça sans même considérer qu'il sait probablement que je suis avec quelqu'un, et que lui même se déclare aussi avec quelqu'un. Ce dont tout le monde doute, mais peu importe, car rien que de le revendiquer signifie qu'il souhaite qu'on, que je lui foute la paix.

Évidemment, son attitude ne fait qu'alimenter un peu plus mon transfert...C'est exactement de quoi mes transferts se nourrissent, un homme indifférent, taiseux et rejetant, ça me va droit au cœur et droit au psychisme.

Je rêve de lui la nuit, je le cherche, il vient me chercher, on parle (enfin), on est proche, je sens que je pourrais lui plaire, qu'on pourrait se comprendre, s'aimer. Et puis je me réveille, et la réalité me saute à la figure. Je ne suis qu'une hystérique volage, je poignarde dans le dos mon copain. Et il va falloir que je retourne bosser, le croiser, essayer de lui grappiller deux secondes pour lui faire signer un truc, sentir son rejet, sa froideur, son regard agacé ou indifférent sur moi. Le voir discuter (donc oui, il peut discuter) avec D., être proche, être dragueur avec elle et avoir envie de me jeter par la fenêtre. Me dire qu'il faut que j'arrête d'aller le voir, qu'il faut que je contrôle mon trouble, qui n'est qu'un pauvre transfert...Me dire qu'il est décevant, chiffe-molle, qu'il se moque de certains collègues avec d'autres, qu'il est le toutou du chef, qu'il met ses affaires dans un sac plastique, qu'il porte des pulls démodés depuis 1973 et qu'il n'est même pas végétarien.

Mais c'est plus fort que moi, car il y a ses mains, sa voix, son rire, sa douceur, sa tranquillité, sa bizarrerie...Et pourtant, je sais pertinemment que rien de bon ne sortira jamais de ça, que je vaux mieux, non pas que ces hommes mais que ces transferts foireux et perdus d'avance à la recherche de mon père. Mais bordel qu'il est charmant.

"C'est à toi que je pense, à nos ivresses blanches où fuit Paris...Le vide aurait suffit..."

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