La jalousie

Je trouve que je n'arrive pas à m'en sortir. Ça fait tellement longtemps, c'est tellement intrinsèque, tellement enkysté en moi. Je suis jalouse, une grosse jalouse. Je n'en parle pas, ne fait (presque) pas de scènes (quoique...) mais elle assombrit souvent mon humeur, me fait basculer dans des gouffres de tristesse et d'angoisse, dans lesquels clairement je redeviens cette petite fille qui voudrait de l'attention, de l'interaction, de l'affection et qui a le sentiment, peu importe la réalité, de n'avoir rien de tout ça.

Je suis jalouse de mes amis, de mes collègues, des gens de ma famille, de mon copain. Spécial combo avec mon copain d'ailleurs, puisque je suis jalouse à la fois de lui, de son aisance, de sa joie de vivre, de ses amis, et a la fois jalouse des filles qui lui tournent autour et alors tout azimut : les ex dont il n'a plus de nouvelles mais dont j'ai quand même regardé le profil Facebook  (et merde, elles sont jolies !), les collègues, même ses amies visiblement heureuses dans leurs couples ! 

Je ne dis rien car je n'ai rien à dire (qu'est ce qu'il y peut ?), mais mon corps, ma tristesse, mon angoisse, mes larmes parfois, parlent pour moi. C'est dur pour moi, et très certainement pour lui, encore plus.

Je pense connaître la source, même si c'est peut être plus compliqué que ça ?
Mais je ne vois pas quelle pourrait être la solution. La source c'est, je crois, mon frère, mon frère unique, mon frère aîné. Une relation avec peu de respect quand nous étions enfants, l'impression de n'être qu'un bouche-trou que l'on relégue dès qu'on a un meilleur compagnon de jeu, et son habitude de me rabrouer, de me faire passer pour une conne et enfin l'indifférence, à partir de la puberté et toujours aujourd'hui. Des parents qui ne disaient rien devant les rabroueries, devant nos violences réciproques, verbales, physiques, les siennes comme les miennes. Ce coup de poing reçu dans la figure quand j'avais protesté pour son appropriation de mes jouets, ses soupirs méprisants quand je disais quelque chose...Mais il dirait probablement que je n'étais pas en reste.

Bref, cette habitude de vivre dans son ombre et dans son regard m'a peut être flingué : comment attirer sa sympathie et son attention, lui qui avait une vie tellement plus palpitante que la mienne ? Comment être à sa hauteur alors que, au vu des rabroueries et du mépris dont j'étais l'objet, ce n'est clairement pas le cas ? Comment faire pour qu'il s'intéresse à moi, qui suis si inintéressante ? 

Je n'ai jamais trouvé de réponses car il n'y en a probablement pas. Aujourd'hui, il est surtout absent et évanescent, bien que sympa. Et surtout, je ne me souviens plus assez bien des faits, des mots, pour pouvoir y réfléchir, pour dire vraiment ce qui s'est passé. Moi aussi j'étais insupportable, mes parents alternaient aussi entre affection et dureté rabaissante donc ils ont peut être aussi eut un rôle mais matériellement, je n'avais pas à me plaindre et de toutes façons, je ne suis pas du genre à accuser 20 ans après les faits.

Mais le fait est que je me suis développée comme ça : jalouse, moqueuse, méprisante, et m'engageant moi aussi dans des relations où j'étais maltraitée et rabaissée, et les supportant jusqu'à la fin, jusqu'à la lie. Par ma jalousie et mes moqueries, j'ai perdu mes amies d'enfance, qui ont tellement comptées. C'est devenu une sorte de spirale, mes erreurs se rajoutant à mon mal être initial.

Mais aujourd'hui, le problème c'est ça : ces souvenirs sont lointains et confus, et pourtant j'ai l'impression que je rejoue sans cesse cette relation frère soeur toxique avec mes copains successifs, dans un jeu psychologique qui se répète.

J'en ai souvent conscience, notamment en cette période de vacances : je suit mon copain dans ses pérégrinations comme un toutou, je me tais et j'écoute quand il voit ses copains et copines, que je connais mal et qui me font un peu peur parce que je crains leur jugement, tout en cachant ma jalousie et mon besoin d'attention...comme je devais suivre mon frère l'été quand il voyait ses copains, puisque je ne pouvais pas rester seule à la maison et que j'étais transparente, inexistante, que personne ne se souciait de moi. L'histoire, ma petite histoire, repasse les plats. Je me souviens de ma tristesse face à cette solitude, dont je n'arrivais pas à sortir, d'être là sans profiter de l'amusement général, parce que c'est moins bien de s'amuser seule.

Et en même temps, peut être que tout ça, à l'époque comme maintenant, me permettait le moindre effort...ou peut être que je veux tout et son contraire, mes amis et mon copain mais pas les siens, mon frère avec moi chez mes amies, ce qui n'arrivait jamais, enfin si un peu quand on était tous petits mais ca c'est vite arrêté, et puis de toute façon, comme mon frère, mon copain finit toujours par m'éclipser auprès de mes amis, me couper la parole, ou finir par me donner l'impression qu'il fait du gringue à mes copines.

Bref, c'est compliqué pour moi de trouver la bonne distance, j'ai envie de me faire porter comme un bébé par mon copain, et en même temps, traîner chez ses parents et ses copains /copines, ca commence à me gonfler mais j'aime pas faire grand chose par moi-même  (ou alors je me sens trop seule dans mes activites et donc j'arrête vite). Ou alors je me dis que c'est la seule manière de voir un peu mon copain, parce qu'il m'évite, qu'il donne pas suite aux projets de week-end ou de voyage, parce qu'on se fait chier à deux au final.

Bref, je me rend compte à quel point ces relations d'enfance, frère, parents, ont impactées mon psychisme, mon inconscient et à quel point elles me dirigent parfois dans mes réactions, mes comportements, mon humeur  (tout ça n'est pas une idée révolutionnaire,  je l'accorde) tout en étant incapable de dire et de comprendre clairement ce qui s'est vraiment passé, si tant est qu'il se soit passé quelque chose.

" I can't keep up with your turning tables, under your thumb I can't breathe..."

Commentaires

  1. Cela fait du bien de retrouver ton courage à regarder et dire l'ombre qui est la tienne (et sans doute la nôtre aussi). On nous somme de nous présenter sous notre meilleur jour (s'embellir, se rajeunir, se montrer bon.ne avec autrui), et pourtant nous aurions beaucoup à gagner (humainement parlant) à prêter attention à cette voix qui chuchote en nous... J'ai très envie aussi d'aller voir le film "Jalouse".

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  2. Merci Luciamel de ton commentaire que je ne découvre que maintenant...Je n'ai pas vu le film Jalouse mais il me semble que c'était avec Karin Viard si je me souviens bien, qui joue souvent ce genre d'émotions en demi-teinte (pas bien mais humaine) à la perfection...

    Je préfère en effet dire mon ombre que la nier...ce qui serait sûrement pire.

    J'espère te lire bientôt sur ton espace, pour 2018 par exemple ! :)

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